Le Parc Kruger en Afrique du Sud

Le Parc Kruger en Afrique du Sud

mai 9, 2018 1 Par Julien

Le Parc Kruger est l’une des plus grandes réserves naturelles d’Afrique avec ses 20 000 km2, soit presque la superficie de l’état d’Israël (20 770 km2).

A nous de parcourir, du sud vers le nord, les routes de cet endroit unique au monde. A nous de mettre les trois prochains jours à profit pour savourer toute la beauté et toute la magie de la faune africaine. Les règles du jeu sont simples: vitesse limitée à 50 km/h, défense absolue de nourrir les animaux, de stationner et de quitter son véhicule en dehors des endroits spécialement prévus, et surtout, ne jamais oublier qu’ici, les animaux sont chez eux et ce sont eux qui ont la priorité absolue sur la route. Même s’ils viennent de la gauche.

Le parc Kruger

Et on dort où? Pas n’importe où, et surtout pas sous une tente qu’on installerait en pleine nature ou au bord d’une rivière, façon camping sauvage à la Indiana Jones. Ce serait extrêmement dangereux – même en hiver – et de toutes façons, c’est strictement interdit. Pas question de servir de repas aux lions ou aux léopards, qu’on le veuille ou non. C’est que, lorsqu’un grand fauve – un lion, ou un léopard par exemple – a goûté à de la chair humaine, il y prend goût et refuse de se remettre à son régime ordinaire. Mettez vous à sa place. Ah oui, mais voilà. Cet écart de régime rend l’animal potentiellement dangereux et cela, hélas, oblige les gardes du camp à abattre la bête en question. De tels procédés, convenons-en, ne sont pas la meilleure façon de protéger les espèces vivant ici.

Pour la tranquillité de tous, mieux vaut donc passer la nuit dans l’un des dix camps du Parc. Rien n’y manque: outre les bungalows équipés de tout le confort moderne et de leur indispensable barbecue individuel, on y trouve aussi bars, restaurants, magasins d’alimentation, boutiques de souvenirs, station-service, laverie… Sans compter le bureau des guides pour les amateurs de safari photos.

…La journée s’achève doucement, sous un ciel dont les teintes virent insensiblement de l’orange au rosé le plus délicat. Malgré le voisinage immédiat des Robinsons des temps modernes qui font des barbecues ou qui sortent des bières de leurs glacières tout en écoutant leur radio ou en regardant leur télévision portable, un troupeau d’hippopotames est en train de se baigner dans la rivière qui traverse le camp. Tout près d’eux, quelques crocodiles sont à l’affût d’une proie imprudente, l’air de rien. Un peu plus loin, un troupeau d’impalas est venu s’abreuver, mais les bêtes restent prudemment groupées, venant boire à tour de rôle, prêtes à déguerpir dès la moindre alerte. Plus tard, ce seront les girafes qui, elles aussi, viendront boire à la rivière avant la fin du jour. Chacun son tour.

Dans un buisson, un gecko cherche à gober quelques insectes imprudents et à quelques mètres de là, un animal en quête d’une proie frôle un buisson de sauge. Mon assistant voudrait me faire croire qu’il s’agit d’un dangereux serpent n’attendant que le moment propice pour me bondir dessus, tel un diable hors de sa boîte à ressort. Ça, ça m’étonnerait vu qu’ils ont tous été maraboutés et que, jusqu’ici, la formule magique de mon amie a fait ses preuves.

Une multitude d’insectes stridule, remplissant l’air d’une atmosphère apaisante, tandis que le soleil disparaît progressivement à l’horizon. Les teintes rose pâle virent insensiblement au mauve foncé et le ciel bleu s’efface peu à peu, laissant place à la nuit et aux premières étoiles qui apparaissent au-dessus de la vaste plaine. Les nuits australes sont très belles.

Epilogue d’un beau voyage en Afrique du Sud

Accepter de se laisser surprendre…L’un des meilleurs conseils que l’on puisse donner et recevoir pour un tel voyage. Même si les surprises n’étaient pas toutes celles qu’on attendait.

…Des regrets, bien sûr, ce voyage en laisse quelques uns. Regret de ne pas avoir eu assez de temps pour aller visiter les vignobles et les villages français de la région du Cap. Regret de ne pas avoir pu visiter ma ferme d’autruches et surtout, regret de ne pas avoir pu s’attarder plus longtemps dans chaque lieu visité. Trois semaines sont un strict minimum pour visiter ce pays immense et multiple…Cinq semaines auraient été bien mieux. Ça, ce sont des regrets facilement réparables et qui ne font pas vraiment le poids en face de toutes ces découvertes exceptionnelles faites au gré des routes impossibles – ou impassables, allez savoir – à travers ces deux pays pas tout à fait ordinaires.

Des regrets qui ne font pas le poids non plus face au sentiment de réconfort qui se dégage de ces trois semaines aux bouts du monde. Réconfort de voir que malgré tous les dégâts qu’il a causé, l’apartheid n’est qu’un malheureux épisode qui va finir par s’effacer avec le temps et que les Sud-Africains pourront un jour ranger au rayon des accessoires. Réconfort de voir que les Sud-Africains prennent leur pays et leur avenir en main en cherchant, autant qu’ils le peuvent, à travailler ensemble. Réconfort surtout de voir à quel point l’Afrique du Sud est jeune et à quel point son avenir semble prometteur malgré tous les défis – sida et promotion des minorités entre autres – qui lui restent à relever. L’Afrique du Sud est un pays qui a beaucoup souffert. Et même encore aujourd’hui…

Il faudra que je demande à mon amie comment elle s’y est prise pour marabouter tous les serpents du coin. Sa formule est sensationnelle, et je suis même prête à lui demander aussi de vous faire partager sa bienfaisante action… pour le cas où un blocage identique au mien vous retiendrait de partir là-bas.

Ah oui, et un dernier mot. Les rugbymen français ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu, au final. Ils ont gagné trois des tests match sur les quatre qu’ils avaient prévu de faire pendant leur tournée. Peut-être avaient-ils emmené dans leurs bagages une formule exclusive pour marabouter leurs adversaires… A suivre.

Retour sur Johannesburg

Il va falloir une bonne centaine de kilomètres à la route pour sortir de cette région isolée – près d’une heure trente – avant de retrouver la N4, le grand axe très fréquenté qui relie Johannesburg et Pretoria au Mozambique. Plus aucune difficulté, maintenant: à peine 150 km de route nationale bien droite et l’autoroute sur le reste du parcours, jusqu’à l’aéroport de Jo’burg. Tailler les derniers 400 km à travers le Haut Veld ne demande qu’un peu de temps et de patience.

Toutes ces émotions ont fini par donner soif à la voiture. Et à moi aussi. Alors, on va s’arrêter dans la première station-service qu’on trouvera. Un bon café bien chaud n’a jamais fait de mal à personne, surtout quand on roule depuis deux heures sur une route qui demande une attention de tous les instants. De toutes façons, on a largement le temps. L’avion ne décolle qu’à 19.00 heures et à ma montre, il est à peine 9.30 heures.

Laissant à mon assistant le soin de refaire le plein de la voiture, je me dirige vers La Boutique de la station service. Ici, les employés ne réclament pas de traduction simultanée. Simplement un peu de temps pour préparer les deux gobelets de café que je viens de leur commander. Plus exactement deux quarts de litre d’un breuvage insipide et bouillant que je confie à la garde de mon assistant le temps d’une visite aux commodités de l’endroit. Les accès étant masqués par une cloison, il est important de repérer le bon côté: les dames en premier, les messieurs au fond.

La dame de service, une imposante Noire pesant au moins 120 kilos, est justement en train de faire le ménage chez les dames et je ne peux m’empêcher de la complimenter pour le superbe bouquet de fleurs jaunes qu’elle est en train de disposer sur une table à côté des lavabos. Un compliment ne peut jamais nuire et la dame, visiblement ravie de l’entendre, m’adresse un magnifique sourire et reprend son ménage en chantonnant.

Dans un moment de distraction pure, au lieu de sortir par le chemin normal, tout de suite à droite, je prends la sortie habituellement réservée aux messieurs. Geste qui n’aurait pas porté à conséquence si, juste à ce moment, un camionneur venu visiter les lieux et étonné de me voir sortir de ce côté, n’avait pensé s’être trompé et ne s’était délibérément engagé vers les toilettes des dames. Avant d’avoir pu l’avertir de son erreur, j’ai entendu un énorme rugissement et une exceptionnelle bordée de jurons, et voilà le pauvre homme qui ressort de l’endroit en faisant profil bas et, si j’ose dire, la queue entre les jambes. Sans chercher à savoir s’il s’agissait d’une erreur ou d’un acte délibéré, la gardienne des lieux s’était chargée de remettre le camionneur dans le droit chemin, manu militari. Une dame qui ne se fait pas respecter n’est pas une dame, celui-ci vient de l’apprendre à ses dépens.

Je me serais bien excusée auprès de l’infortuné mais je préfère éviter de prendre des risques et je me dépêche de retourner d’où je viens pour expliquer à mon assistant, vainement en train de se réchauffer avec un café imbuvable, qu’il vaudrait mieux ne pas moisir ici et qu’on serait bien inspirés de remonter en voiture le plus tôt possible… Viens, on s’en va. Tant pis pour le café, je t’expliquerai, que je lui ai dit. Allez, viens…Je n’ai pas envie de risquer un duel avec un camionneur. Mon dernier exploit sud-africain.

Johannesburg n’est plus qu’à une centaine de kilomètres, maintenant. C’est l’affaire d’une petite heure, tout au plus. L’autoroute achève sa course vers l’aéroport en traversant le haut plateau sur lequel se trouve la grande ville sud-africaine. Les montagnes se sont effacées pour laisser place à des plaines infinies, grises et poussiéreuses où souffle un vent froid et violent. Des champs de blé ou de maïs se succèdent avec une désespérante régularité et bientôt apparaissent les premières centrales thermiques ainsi que les usines chimiques et agroalimentaires de la région de Johannesburg. Déjà, les campagnes sont parsemées d’un nombre grossissant d’habitations modestes qui se fondront bientôt en une agglomération ininterrompue jusqu’à Pretoria, la capitale administrative d’Afrique du Sud, et Johannesburg, la plus grande ville du pays. Bientôt leur succèderont des immeubles de plus en plus cossus, des résidences avec piscine entourées d’arbres majestueux, et de belles avenues bordées de palmiers.

Un grossier personnage en Ferrari noire version sport a cherché à dépasser deux camions qui roulaient à la même hauteur, en se déportant sur la voie la plus à droite de la chaussée opposée. Heureusement pour cet assassin en puissance que sur cette portion, la partie centrale de l’autoroute n’était pas équipée de rails de sécurité. Heureusement pour tout le monde que le trafic d’en face ait su se ranger à temps. Heureusement, pour lui surtout, qu’il se soit fondu aussitôt dans le trafic sans demander son reste, ni surtout, en allumant ses warnings. Ça aurait pu être pris pour une provocation. D’après mes calculs, je connais une dizaine de personnes qui étaient prêtes à lui demander des comptes toutes affaires cessantes. Le seul dangereux chauffard que nous ayons rencontré de tout le voyage. Un pour 3 000 km: c’est bien ce que je disais, la courtoisie des chauffeurs sud-africains est une réalité inattendue.