La ville de Durban en Afrique du Sud 3e ville du sud

La ville de Durban en Afrique du Sud 3e ville du sud

Durban, la 3ème ville d’Afrique du Sud et 1er port d’Afrique.

Durban et son agglomération tentaculaire, noyées sous un impressionnant nuage de pollution, s’étendent jusqu’à l’aéroport pourtant situé à plus de vingt kilomètres de l’océan. Remontant vers l’intérieur des terres, l’avion survole le port commercial, les bateaux amarrés et les empilages de conteneurs sur les quais, la base navale, des zones industrielles aux usines mal entretenues, d’immenses entrepôts sucriers vieillots, des raffineries, des torchères et de gigantesques réservoirs d’hydrocarbures. Les espaces encore disponibles sont plantés d’immeubles d’habitation ou traversés d’autoroutes et de voies rapides. Seules, les hauteurs des collines semblent échapper à toute cette agitation, refuge des vastes et élégantes demeures de Durban qui se dissimulent dans des espaces boisés. Malgré l’hiver austral, la température ambiante atteint 25° à midi et l’air, moite et fortement chargé en odeurs soufrées, est difficilement respirable. Durban, changement de décor total.

Durban

Durban et son quartier indien, réplique exacte du centre de Bombay ou de New Delhi. Ses trottoirs défoncés, ses immeubles mal entretenus, aux façades peintes avec des couleurs criardes. Ses boutiques aux murs lézardés et aux vitres poussiéreuses. Son immense bazar oriental où flotte un extraordinaire mélange d’odeurs d’épices, de bois de santal et de bâtonnets d’encens. Des sacs de riz, de lentilles et d’oignons disposés pêle-mêle sur des étalages prêts à s’écrouler… Des boutiques qui proposent des choix infinis de tissus, de vêtements, de mobilier et d’accessoires tout aussi divers que très bon marché. Sa foule grouillante, avec les femmes vêtues de saris, les hommes enturbannés et les enfants insouciants qui jouent sur les trottoirs ou devant les boutiques. Et ses parkings sur lesquels sont garées d’impressionnantes collections de luxueuses limousines européennes noires ou gris métallisé, témoins de la prospérité d’une partie de la colonie indienne.

Durban et son quartier Noir. Impossible d’y échapper si l’on veut rejoindre le bord de mer et l’un des plus beaux aquariums du monde – principale attraction de la ville – ou les longues plages de sable blanc attenantes. Impossible d’échapper aux longues rues sales, jonchées de papiers et de sacs en plastique qui volent au gré du vent, aux poubelles qui débordent, ainsi qu’aux magasins délabrés. Impossible d’échapper au triste spectacle d’hommes et de femmes à l’air désoeuvré et pauvrement vêtus qui regardent passer la circulation dense, les bras croisés ou assis sur les marches d’un immeuble complètement dégradé. Impossible non plus d’échapper aux gamins qui s’approchent de la voiture en tendant la main ou prêts à nettoyer le pare-brise. Ici, le taux de chômage frappe environ 30% de la population. Sans être particulièrement paranoïaque ou ultra sécuritaire, mieux vaut donc remonter toutes les vitres, planquer sacs et portefeuilles sous les sièges, verrouiller les portières et ne pas s’attarder pas aux feux rouges, particulièrement dès la nuit tombée. Principe élémentaire de précaution.

Durban et son quartier blanc. Le front de mer est bordé d’immeubles cossus et impeccablement entretenus, où bureaux ultramodernes, hôtels haut de gamme et résidences élégantes se succèdent sans interruption. Les avenues à chaussées séparées sont plantées de palmiers et de nombreux espaces verts plantés de fleurs viennent apporter une touche de nature dans cet univers bétonné. Des voitures de police y patrouillent en tous sens, les parkings sont gardés par des vigiles armés et des agents en uniforme se promènent dans les jardins publics. Aucune poubelle ne déborde, aucun débris ne jonche les rues. C’est propre, c’est impeccable. Mais il n’y a personne dans les rues. Personne – ou presque – dans les jardins publics. Personne – ou presque – sur la plage. Peut-être qu’à force de tout vouloir nettoyer pour ne rien laisser traîner, on a aussi balayé l’âme du quartier.

Durban, côté pile et côté face.

A l’horizon, perçant la brume grisâtre, une file ininterrompue de porte-conteneurs et de pétroliers s’apprête à pénétrer dans le port commercial, tandis que d’autres repartent vers de nouvelles destinations. Insensible à tous les spectacles de la vie quotidienne, la vie économique et commerciale continue.

A Durban, nous faisons étape dans un élégant établissement situé sur les hauteurs de la ville, dans les quartiers résidentiels. Une belle maison cachée dans un bois de magnifiques arbres exotiques et protégée de la rue par un haut mur et un portail à ouverture télécommandée et muni d’une puissante caméra. De la terrasse, la vue plonge vers le port et la ville dont l’activité intense semble soudain devenue beaucoup plus lointaine et paisible.

Gary, l’hôte, est un séduisant quinquagénaire (marié) aux tempes argentées et aux beaux yeux bleus. Il a vite fait de nous mettre à l’aise et de nous faire oublier les tristes spectacles que nous avons eus sous les yeux depuis que nous sommes arrivés à Durban. Il prend le temps de nous parler de sa ville et de son pays avec une lucidité n’excluant pas un certain espoir pour l’avenir. C’est le premier Blanc que nous rencontrons depuis notre arrivée qui nous parle des élections et qui se réjouit que les Noirs puissent enfin avoir accès au pouvoir. Gary reconnaît que les Blancs leur ont volé leurs droits fondamentaux et en particulier, le droit à l’instruction, ce qui a aujourd’hui des conséquences désastreuses sur l’emploi de toute une génération de Noirs. Les 35/50 ans n’ont généralement pas suivi de formation professionnelle – et souvent aussi, hélas, pas ou peu de formation scolaire- ce qui les réduit à exercer des métiers très mal rémunérés et pénibles. Gary est un admirateur de Nelson Mandela qui a eu la sagesse de ne pas expulser les Blancs d’Afrique du Sud au moment de l’arrivée au pouvoir de l’ANC, contrairement à ce qui s’est passé au Zimbabwe. Ce qui a permis au pays de construire une société multi-raciale dans laquelle tout le monde a besoin de tout le monde, où les Blancs peuvent transmettre leur savoir aux Noirs, où les Noirs peuvent construire leur pays en se prenant véritablement en main, dans le respect des différentes communautés. L’Afrique du Sud est un pays qui a beaucoup souffert.

Dehors, la nuit tombe tout doucement. Les éclairages de la terrasse ont été allumés et mettent discrètement en valeur la végétation luxuriante, tandis que dans le fond, les entrepôts sucriers à l’architecture lourde et affligeante du port de Durban s’estompent pour laisser la place aux lumières orangées des lampadaires et aux feux de position rouge et vert des bateaux qui font escale ici cette nuit. Vue de loin, Durban est bien plus belle la nuit que pendant la journée.

Hluhlulewe

Dès la sortie de Durban, une petite pluie fine s’est mise à tomber. La Nationale 2 a changé de tenue et elle enfilé son costume d’autoroute pour les cent prochains kilomètres… le tiers du trajet vers le nord-est et Hluhlulewe en pays Zoulou, notre prochaine étape. Gary nous a dit qu’il fallait prononcer « chlouchloulioui », à la façon des Zoulous. C’est vrai que c’est bien plus beau que « lululéoué ».

Les banlieues populeuses et leurs barres d’immeubles mal entretenus ont rapidement laissé la place à un bidonville misérable et à ses baraques en planches posées çà et là, dans les creux de vallons déboisés, ou sur des replats exposés aux vents et aux intempéries. Les nuages lourds et bas assombrissent encore le triste paysage qui s’étend sur des kilomètres et des kilomètres. Bienvenue dans la vallée de Déprime sur Misère.

Soudain pourtant, toutes les misérables habitations disparaissent comme par enchantement, laissant la place aux champs de canne à sucre qui s’étendent à perte de vue. Les collines aux pentes douces, les plaines et les vallons sont entièrement plantés…de quoi coller le diabète à la population du monde entier. Trois cent kilomètres de champs de canne à sucre sans interruption, parfois interrompus par un petit village et son obligatoire raffinerie de sucre.

La pluie continue de tomber, persistante. Un trafic dense oblige à la prudence et au strict respect des limitations de vitesse, d’autant plus qu’en ce moment, la campagne de récolte de la canne à sucre bat son plein et que des camions-bennes transportent la récolte vers les usines de traitement, perdant régulièrement une partie de leur cargaison sur la chaussée. Le transport de la canne à sucre, version africaine du Petit Poucet.

Laissant les camions tailler leur route vers Durban ou vers le Nord, mon assistant a bifurqué vers une station-service pour y refaire le plein et vérifier les pneus. Simple question de bon sens élémentaire: sur les quinze derniers kilomètres, il faudra emprunter une piste improbable et cahoteuse qui s’enfonce dans la brousse, loin de tout lieu habité. Inutile donc, de prendre des risques, surtout avec la nuit qui s’apprête à tomber.

Dehors, juste devant la station-service, une vingtaine d’enfants du village voisin sont en train de jouer dans les flaques d’eau créées par les pluies de cet après-midi. Certains n’ont pas de chaussures et rares sont ceux qui portent des vêtements bien ajustés à leur taille et adaptés à leur âge. Tandis que je remontais en voiture, une petite fille, cessant un instant de jouer avec ses camarades, m’a regardée d’un air d’envie. Que pouvais-je faire d’autre qu’un geste amical, tandis que mon assistant donnait deux rands à l’un de ses aînés qui venait de nettoyer les vitres de la voiture.

La piste improbable et cahoteuse qui s’enfonce dans la forêt et dans la nuit finit par aboutir, contre toute attente, à un solide portail derrière lequel se cache discrètement le « lodge », qu’on pourrait définir comme une « résidence de style typiquement africain, exclusivement réservée à la clientèle européenne et nord-américaine »: une quinzaine de bungalows équipés de l’air conditionné, de tout le confort dit moderne et meublés « à l’africaine », répartis dans la forêt à bonne distance les uns des autres et reliés par une passerelle ballotante.

Et les bagages? Des valises à roulettes sur une passerelle ballotante, ce n’est pas vraiment terrible, surtout à la nuit tombée et malgré l’éclairage. Ne vous inquiétez pas monsieur. Nous allons vous les apporter immédiatement. Au fond, pourquoi pas? Ils doivent disposer d’un chariot à bagages adapté, alors autant profiter des commodités du lieu. A peine arrivés dans le bungalow, en effet, les valises ont été livrées. Mais au lieu de venir en chariot à bagages, elles ont voyagé sur la tête d’une employée. Posées en équilibre stable, elles sont arrivées à bon port. Sans poser de questions, la femme les a posées sur le lit et s’est discrètement effacée. Lorsque les valises sont passées sur la balance, à l’aéroport, elles atteignaient le poids de 28 kg. Mon pull n’est plus dedans, mais à lui tout seul, il ne doit pas dépasser une centaine de grammes.

Avec la tombée de la nuit, des grenouilles ont entonné une complainte nocturne dans l’air tiède et leur chant régulier parvient jusque dans la grande salle à manger, où trois autres tables seulement sont occupées ce soir. Les serveurs ont versé le vin et l’eau minérale dans les verres – ici, il ne faut surtout pas consommer d’eau du robinet, même pour se brosser les dents – puis ils ont apporté le premier plat, une épaisse soupe aux légumes. Malgré l’hiver, il y a grande abondance de légumes et de fruits. Des courges à la chair orangée et au délicat goût de noisette, des courges à la chair jaune clair ou vert pâle, dont le goût rappelle celui de nos courgettes. Des aubergines, des patates douces, des ignames, des tomates et des carottes à la saveur subtile… Des mangues juteuses, des bananes au goût inconnu en Europe, des oranges et des pamplemousses parfumés comme jamais…

La cuisinière est à elle seule une excellente publicité pour sa cuisine, avec son impressionnant tour de taille. A vue d’œil, au moins cinq fois le mien, peut-être même six. Et guère plus haute que moi. Un mètre cinquante, pas plus. A la fin du repas, encore vêtue de sa blouse blanche et de sa toque, elle est venue faire le tour des tables, pour s’assurer que sa clientèle avait apprécié ce qu’elle avait préparé… C’était vraiment parfait. Satisfaite, Evidence, elle s’appelle Evidence, – mais certainement qu’Abondance lui conviendrait mieux – est retournée à ses fourneaux, le sourire aux lèvres. Elle n’en demandait pas plus.

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